Lundi 2 juin 2008

A une centaine de kilomètres au Sud-Ouest de Rio, la petite ville de Paraty, située sur la côte Atlantique, est protégée de la mer par différentes îles et presqu'îles au relief marqué formant la baie de Parati.



Il pleut quand nous (Céline²) descendons du car, dans la petite rodoviaria située à deux pas du centre. Mais aussi furtive qu'appréciée, l'eau ne freine pas notre recherche active de la pousada chouette et économique qui ne semble pas pulluler dans le coin. On optera pour la petite chambre au fond du grand jardin de mamie-qui-ne-perd-plus-le-Nord-grâce-au-tourisme, où Céline s'endort aussitôt, terrassée par la somme des kilomètres avalés depuis son arrivée à Buenos-Aires...

 


Le centre historique de la ville est splendide dans sa simplicité et dans son rapport étroit au contexte géographique. 
Un quadrillage parfait de rues empierrées bordées de maisons blanches relevées de teintes vives, souvent ornées dans leurs angles de bandeaux bicolores aux motifs géométriques en relief.

 



Praça Matriz, à l'ombre des manguiers et des amandiers



Pas moins de quatre églises pour un peuple égal face à Dieu mais non face aux hommes : la grande 
Igregia Matriz, édifiée en 1787 au bord du rio Perequê-Açu sur lequel s'appuie le centre historique au Nord, l'Igregia Nossa Signora do Rosário, élevée en 1725 par et pour les esclaves noirs, la chapelle de Nossa Signora das Dores réservée aux blancs et l'Igregia Santa Rita, construite en 1722 pour les mulâtres affranchis. Sa façade à la fois simple et soignée est mise en valeur par une grande pelouse la reliant à l'eau du port dans laquelle elle se reflète.
          
Nossa Sra do Rosario, Capela das Dores et Igregia Matriz et Santa Rita, posée sur son tapis d'herbe

 


Dans les rues, les trottoirs, légèrement surélevés, sont abrités par l'avancée des toits et séparés de la chaussée par un fil d'eau en pente douce vers la mer. Les chaussées strictement perpendiculaires à la baie forment un creu destiné à recevoir l'eau des marées montantes. L'effet est impressionnant : la mer pénètre progressivement dans la ville par de petites ouvertures ménagées dans la digue qui la sépare de la baie. L'eau se retire plus tard laissant les rues parfaitement propres et découvrant, au pied des maisons faisant face à la baie, une belle prairie humide s'évanouissant plus loin dans l'eau.

     















Dominant la ville, le Forte Defensor Perpetuo est accessible par une route escarpée traversant une forêt tropicale où l'on admire de magnifiques bambous jaunes à rayures noires. Depuis la terrasse au sommet, la vue en surplomb sur la mer impose un arrêt bronzage sur les rochers.
  



















Vers le Nord, une succession de plages ourle la baie, où l'on peut manger aux terrasses des barraques-restaurants, à condition de choisir la table la plus éloignée des haut-parleurs à samba. Décor splendide des îles dispersées dans l'eau, rochers nus ou collines boisées parfois devenues le jardin d'une cabane de Robinson...

et si on se retirait du monde ?


Depuis la praia Jabaquara

Côté saveurs, la spécialité ici, ce sont les longs gâteaux au coco rapé de diverses saveurs (lait, ananas, goyave...) entassés en pyramides sur des tables pliantes. Dans le centre ancien, des vendeurs ambulants proposent  des pâtisseries sagement rangées dans les nombreux casiers en bois de caissons mobiles protégés du soleil par de grands parasols.

Moins authentique : le café où l'on vous annonce en vous présentant la carte qu'il faut consommer pour un montant minimum – on sort aussi sec – et la caipirinha pas trop chère mais franchement mauvaise du bar où on s'est prises pour Gault et Millau...

Touristique Paraty ? Quand les vendeurs vous abordent dans la langue de Shakespeare, on s'inquiète. Quand on entend parler uniquement anglais et français autour de nous, on se sent ailleurs. Quand on constate que les serveurs ne sont pas toujours agréables, on en a la certitude : ça ne ressemble pas aux brésiliens. Alors on se demande si toutes ces façades restaurées ne sont que de la poudre aux yeux, si la beauté des villes est inversement proportionnelle à la fréquentation touristique, comme les prix à l'amabilité ambiante.
Mais on se dispense de répondre pour mieux profiter car après tout, nous aussi, nous sommes des touristes...

par celle in Brazil publié dans : Rio de Janeiro
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Dimanche 4 mai 2008

Ce n'est pas un mythe, le Brésil ne fait qu'un avec la musique et la danse.
Avec le bruit aussi, mais passons sur ce sujet qui mériterait un article à lui tout seul...


A Manaus, le célèbre teatro Amazonas, plus connu en Europe sous le nom d'opéra de Manaus, offre une panoplie aussi riche que diversifiée de concerts, jazz ou classique, souvent gratuitement.
Le bâtiment, style néo-classique 19ème aux murs roses, n'aurait que peu d'intérêt sans sa coupole coiffée de tuiles vernissées (venues tout droit d'Alsace) aux couleurs du Brésil.
 


Opéra à l'occasion des 10 ans de l'orchestre philharmonique de Manaus 


Concert de cuivres par l'Amazonas Band


Et si l'on s'étonne de voir la moitié de la salle vide, c'est que la majeure partie de la population n'est pas habituée à ce type de spectacle en salle, parce que la musique se vit avant tout dans les rues. Les concerts en plein air rassemblent ceux qui passaient par-là et s'arrêtent spontanément pour écouter et danser. A la brésilienne, au jour le jour. Sauf pour l'ouverture du festival annuel d'opéra qui a eu lieu 2 jours après mon départ avec un spectacle présenté jusqu'alors uniquement en Pologne où il a eu un franc succès, créé par Roger Waters, oui, le guitariste-bassiste des Pink Floyd... Surtout ne rien regretter.

 



Concert sur la praça Sao Sebastao de Manaus

 
















Mais le Brésil vit d'abord au rythme de la samba. Rien à faire, ils l'ont tous dans la peau dès qu'ils savent marcher et ne comprennent pas notre inaptitude à bouger nos (petites) fesses. Qu'à cela ne tienne, je décide de commencer à me former et Patricia, la seule brésilienne au monde à ne pas savoir danser la samba, tente de nous trouver une solution.
Pour apprendre à danser classe et pro, rien de tel que le « 
Ritmo quente » (rythme chaud...), une école de danse de Manaus qui ouvre ses portes tous les samedis soirs aux danseurs avertis et aux amateurs. Mais quand je constate en rentrant que tous les danseurs ne se permettent pas un faux pas, qu'ils passent avec aisance de la samba au forro puis au zouk, je choisis la chaise la plus éloignée de la piste, bien calée derrière une table, totalement inaccessible. Malgré cette précaution, un aimable courageux a l'audace de m'inviter (c'est le grand problème des brésiliens, jamais indifférents, toujours heureux de découvrir de nouvelles têtes et prêts à discuter). Je refuse avec un grand sourire idiot en lui expliquant que 2 mois au Brésil ne m'ont pas encore permis d'acquérir le déhanché nécessaire à un accompagnement digne de ce nom... Et j'entreprends aussitôt une analyse détaillée de cette samba sensuelle et de ce zouk aux mouvements très nettement apparentés à des ébats sexuels. Presque gênant. 

Petite démonstration de samba
 
J'en arrive ainsi à me demander si le danseur brésilien face à un tel bouillonnement corporel si légèrement couvert est :

1 : formé dès son plus jeune âge par des moines bouddhistes à la maîtrise totale de ses pulsions

2 : forcément homosexuel

3 : totalement frustré quand la fin du morceau l'oblige à se détacher de ce corps chaud qu'il maîtrisait d'une main parfaite... Et en plus il sourit.
 

Pour danser sans complexe et terminer la nuit dans une ambiance de seconde zone, il y a la "Companhia do Forro", où l'on danse le ... forro :  4RS pour les filles, 8 pour les garçons, ça donne tout de suite une idée du nombre supérieur de mâles derrière le grand mur, prêts à bondir sur les fraîches partenaires. On se lance, on entre, 1er hangar, musique à fond. Malgré la pénombre, on feint d'ignorer les regards pesants d'étonnement de la foule qui rencontre rarement des étrangères dans le coin (on a beau faire, le physique n'aide pas à l'intégration...), on passe dans le second hangar, 2000 personnes minimum. Tout au fond sur l'immense scène et sous les projecteurs, un groupe de musiciens fait suer le couple de danseurs modèles dont les images sont retranscrites sur écrans géants, à l'intention de ceux qui ne suivraient pas bien les pas qui se succèdent à un rythme effréné.
Un prédateur s'approche pour m'inviter à danser, il est petit et transpirant, je refuse. Il insiste, je lui dit que je ne sais pas danser. Il insiste, j'accepte à ses risques et périls. Il fait noir, personne ne devrait trop me remarquer. Il me complimente pour me faire plaisir et profite du fait que les musiciens ne s'arrêtent pas entre 2 morceaux pour continuer sur un 3ème. Je capitule. Trop sportif. 

Je ne rappelerai pas ma seconde tentative de Forro, déjà évoquée dans l'article sur Jericoacoara. Je ne l'ai plus jamais dansé depuis...

 


Les écoles de samba sont également le siège de soirées dansantes en fin de semaine. Pour pouvoir accéder à ce type de festivités, il faut se munir d'un autochtone (merci Raphaël !) qui saura vous faire oublier que l'on se trouve dans un quartier particulièrement malfamé à coup de caipirinhas à 2 RS le demi-litre. Les rues grouillent, les voitures forcent et sur la scène montée en plein air, les musiciens se suivent et font danser le pagode, une danse dont je n'ai toujours pas compris si elle était affiliée à la samba ou non. 



Aurélie, téméraire, s'essaye au pagode et à la caipi en même temps!

 
























A Rio, il y a Magali et Antonio avec qui on n'échappe pas à la danse. Le problème c'est qu'ils aiment ça... Toutes les soirées se passent en musique dans le chaud quartier de Lapa, où des groupes chantent chaque soir dans les dizaines de cafés proches des arcades du "bonde" (le petit tram). L'avantage à Rio, c'est que l'on peut danser tout seul et si Tonhio vous entraîne sans sans vous demander votre avis, les non-pas passent à peu près inaperçus dans ces lieux surpeuplés. L'ambiance est excellente, joyeuse, les chanteurs amateurs et professionnels se prêtent spontanément le micro. Incroyable de constater à quel point tous les brésiliens connaissent toutes les chansons.
La musique sort par les fenêtres et envahit la rue où d'autres couples dansent sans avoir à payer d'entrée, où les bières et les mélanges étranges des marchands ambulants sont moins chers, où la police montée surveille la foule une clope au bec.

La samba reste quand-même pour moi un grand mystère : autant de rythmes que de manières de la danser, et bien que proches, des pas différents entre Manaus, Rio ou le NordEste... 

Ce que je retiens de la musique? un sujet éternel : l'amour, une facilité déroutante à parler de sexe et une rapidité inattendue dans l'apprentissage de la linguistique sentimentale.
 


Il n'y a pas que la Samba dans la vie : DJ Zod au café Espirito Santa dans le quartier de Santa Teresa à Rio.

Passé la frontière argentine, la Samba disparaît aussitôt, la couleur s'efface au profit du noir des costumes et des grandes robes fendues, le bandonéon se met à pleurer et le tango se réveille dans un déchirement racé. Quelle classe! A Puerto-Iguaçu, José aura bien tenté cent fois de me faire lever pour m'enseigner quelques pas de base, mais mon honneur, ravigoré par la fierté argentine, m'a poussée à ne pas me rendre ridicule en plein jour face à un public averti. J'imaginais assez mal poser ma tête sans chignon sur son épaule et remonter doucement mon pied droit le long de ma jambe gauche en tongs et short sans passer pour une touriste dont j'avais déjà tous les attributs même assise. Mais cette danse mélancolique et noble m'a glacé le sang et peut-être que si je trouvais un cours en Europe...


Le cadeau de Patricia pour ma despedida ? une paire de talons aiguilles...


par celle in Brazil publié dans : être brésilien(ne)
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Mercredi 23 avril 2008

Voilà une semaine déjà que je suis rentrée et que je ne donne pas vraiment de nouvelles...
Certes mes pieds foulent bien la terre européenne, mais ma tête n'a pas encore suivi, préférant décidément les brûlures du soleil des tropiques.

Les quelques 24h de transition entre Manaus et Bruxelles ne suffisent pas à compenser le choc climatique, et même si le printemps pousse ici les fleurs des fruitiers à éclore joyeusement, je m'emmitoufle dès le matin d'une succession d'épaisseurs laineuses réduisant mes gestes au strict nécessaire (« tiens, si je me préparais un autre café ») bien loin des circonvolutions de la samba...












De passage à Lille, j'ai vainement cherché les sourires brésiliens, j'ai eu du mal à suivre le rythme des pas des passants pressés vêtus de couleurs très sombres mais de tenues très chics au point d'y voir un défilé de mode incessant. Sacrilège, on a même tenté de me faire boire une caipirinha sans sucre! La tête m'en a tourné et ce bref plongeon m'a convaincue de prolonger ma retraite monastique au plat pays.

Au marché, j'ai acheté pour mes hôtes deux canetons, un noir et un jaune que j'ai respectivement nommés « Açai » et « Caipi », je leur parle portugais en buvant mon thé dans une tasse verte et jaune, sur Internet je survole l'Amazonie au son des centaines de sambas rapportées dans ma valise mais le soir, j'essaie d'éviter la cachaça (à cause des glaçons...).

Ainsi, j'ai enfin compris la signification du mot que tous les brésiliens ont à la bouche : « saudade », une forme apparentée de nostalgie positive...

J'ai pourtant bien l'intention de continuer à vous raconter mon voyage (ce qui sera aussi pour moi une manière de le prolonger...) et, dès que mes pieds auront décongelé, d'entreprendre un déplacement géographique progressif vers le Sud, de façon à revoir tous ceux avec qui j'ai communiqué par delà l'Atlantique grâce à la grande toile.

Então, até rapido, pour de vrai cette fois !

par celle in Brazil publié dans : interlude
ajouter un commentaire commentaires (5)    recommander
Dimanche 13 avril 2008
Nous atterrissons à Rio à l'aube du 1er février 2008, jour de l'ouverture du carnaval qui durera jusqu'au 5, le 6 étant le mercredi des cendres qui marque l'entrée en carême. Les 4 françaises (« l'autre » Céline nous a rejoint depuis Buenos-Aires en 44h de car... et Camille, une amie de Magali, est arrivée de France pour 10 jours de vacances) sont prêtes à suivre Antonio, notre meilleur guide carioca, pour vivre de l'intérieur cette fête qui participe à la renommée de Rio.
Soyons francs, le carnaval de Rio n'a rien à voir avec ce que l'on s'imagine sur le vieux continent. Point de délire total dans toutes les rues parsemées de filles revêtues d'un simple pagne à paillette emplumé. La ville est même totalement morte : les musées et les parcs sont fermés, le courrier ne fonctionne plus et l'ensemble du quartier du sambódromo encerclé de hautes grilles et réservé aux défilés.
Sauf que l'ambiance carnavalesque est totalement perceptible, une sorte d'électricité parcourant tous ceux qui se promènent en ville coiffés d'oreilles de lapins, de colliers à fleur ou de perruques étincelantes.

Chez les brésiliens, le déguisement semble être une seconde peau. A Manaus, j'avais déjà admiré à Noël le flegme des vendeurs de rues coiffés de bonnets rouges à lumières qui ne paraissaient pas se rendre compte de ce qu'ils avaient sur la tête ni de l'image qu'ils renvoyaient. A Rio, je m'émerveille du naturel avec lequel ils se travestissent, loin de tout ce sentiment de honte et de gêne que le déguisement suscite souvent chez nous.

Les ornements préférés sont :

- Elément indispensable, le collier à fleurs de tissu ou de papier se porte surtout entre le cou et le dessous d'un bras, façon écharpe de miss (comme les bahianaises portent leurs grands colliers, sans doute pour en accumuler le plus possible en les croisant de manière élégante, mais certainement aussi pour ne pas être gênées par leur balancement lorsqu'elles se penchent?). - Les loups de toutes sortes, du plus simple en carton avec élastique, au plus sophistiqué avec plumes, paillettes et arabesques.

- Les perruques, les diadèmes et les serre-têtes avec oreilles de lapin ou papillons sur ressorts. - Les lunettes rigolotes avec des grands cils ou des yeux globuleux par exemple.

Les costumes préférés sont :
- Pour les hommes, le pyjama ou le déguisement en femme (perruque et robe, mais sans l'épilation...). Ils sont nombreux à endosser cette féminité, mais pas de déduction hâtive, j'y ai vu une tentative de comprendre leurs égales pour une meilleure harmonie universelle... - Pour les femmes, qui elles ont la possibilité de pouvoir s'habiller en homme tous les jours, les bonnes-soeurs et les mariées, et là je n'ai surtout pas tenté de comprendre pourquoi...

Un petit carnet-guide du carnaval répertorie l'ensemble des évènements en indiquant leurs dates et heures, et permet de voguer de concerts en défilés. Entre temps, il est toujours possible de s'allonger au soleil de Copacabana après un petit bain réparateur. Les sauveteurs des mers répondent toujours présent au cas où vous vous endormiriez en faisant la planche...







Sur la plage, les tentes de ceux qui n'ont pas trouvé -ou pas cherché- de place à l'hôtel (à raison de 3 fois le prix normal, on peut comprendre) sont tolérées pendant cette période.




Il y a plusieurs manières de fêter le carnaval : les scènes fixes, les défilés avec les blocos et le sambódromo.


1/ Les concerts fixes sont la façon la plus ancienne de fêter le carnaval. A Copacabana, un groupe déguisé joue des sambas des années 40 face à un public coloré se mouvant collé-serré devant la scène installée au beau milieu de la rue.
Dans les bars du quartier animé de Lapa, les concerts se suivent et accueillent plus de monde encore qu'en période normale. La chanteuse du groupe qui joue au "Semente" tous les dimanches est ce soir un ange et il est difficille de se frayer un passage entre les 3 étages du "Rio Scenarium" où la caipirinha coule à flot...

 

Tambours et trompettes font danser les passants devant le "Café Espirito Santa" du quartier Santa Teresa.




















2/ Les blocos, comme à Salvador, sont des groupes formés par quartiers ou par thème. A Botafogo par exemple, le rendez-vous est fixé dans un lieu où l'on peut manger et boire pour s'échauffer avant le départ de « Maracangalha ». Les gens du groupe distribuent à tous ceux qui souhaitent défiler l'hymne du blocos, à chanter à tue-tête derrière le petit camion qui s'élance en vibrant au son des musiciens qu'il transporte. Le circuit parcourt les rues du quartier pendant une ou deux heures, ce qui permet d'améliorer sensiblement son portugais en répétant la chanson une bonne cinquantaine de fois...


3/ Le sambódromo est le lieu qui accueille le concours des défilés des écoles de samba. Retransmis sur toutes les chaînes nationales, il est l'image que l'on a du carnaval de Rio. Pour les écoles, la répercussion et les enjeux du défi sont tels que la corruption l'a totalement intégré. Est-ce pour cela que le sambódromo (ici construit par Niemeyer) ressemble à un gigantesque stade de foot ?!

Nous n'avions pas de places réservées pour assister aux défilés. Mais en deux tours de passe-passe entre vendeur de boissons et garde-barrière, Tonhio, notre carioca préféré, a rapidement remédié à ce petit inconvénient.

C'est en passant le haut grillage que la magie commence. Nous nageons dès lors dans un flot de taffetas, de brillants, de gigantisme et d'incroyable, nous croisons des princesses aux couleurs de la France, des tournesols géants réajustant leurs collants, passons sous un char de quelques 8 mètres de haut tiré par les chevaux de Barbie. Les costumes sont réellement impressionnants, les chars sincèrement hors d'échelle.

Et quand on pénètre dans le sambódromo, on comprend tout de suite que la taille de l'édifice impose aux écoles une extravagance nécessaire pour être vu de très loin. Le nombre de spectateurs est presque angoissant. Une succession de gradins cadre une piste qui ne mesure pas moins de 2Km de long. Environ 3000 personnes et une dizaine de chars par école défilent pendant presque 2 heures. Durant 3 nuits, du samedi au lundi, 14 écoles se succèdent de 21h à l'aube, la 1ère nuit -moins chère- étant consacrée aux écoles non classées. Chaque école choisit un thème et écrit l'histoire de son défilé.
Le règlement est très strict et impose que les différents groupes au sein d'une même école défilent dans un ordre bien précis : « allégories », « commission avant », « haie des bahianaises », « évolution », « détachement », « percussions », « rassemblement », « maître de salle et porte-bannière », etc. Le jury note la créativité, le bon goût, l'équilibre artistique, l'harmonie et la cohérence entre musique, histoire et danse, la cadence, la mélodie, les costumes, les chars, veille à l'espacement entre chaque groupe et chaque élément non conforme est fortement pénalisé. Une chanson créée spécialement par chaque école est répétée tout le long du défilé par l'ensemble des personnes qui défilent.















En 5h, nous
assistons au défilé de deux écoles : « Imperatriz » et « Vila Isabel », qui précédaient « Beija-Flor », le groupe vainqueur... En sortant, nous repassons au milieu des chars en cours de démontage (bizarre, connaîtraient-ils déjà le vainqueur qui doit redéfiler le mardi ?) et suivons de magnifiques paires de fesses rehaussées par de grandes bottes. Mais désolée, je n'ai pas voulu faire de photo-voyeurisme et j'ai gardé pour moi cette image surréaliste qui demande à être dans le contexte... étourdissant!

Je n'aurai par contre pas pu admirer en vrai le plus petit string de la fête -3,5cm- qui est sorti en 1ère page de tous les journaux le lendemain...


par celle in Brazil publié dans : Rio de Janeiro
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Mercredi 9 avril 2008
On quitte -à regret- Jericoacoara en se dirigeant toujours vers le Sud. Cette fois, c'est un car des sables sans fenêtres avec banquettes en résine qui nous permet de franchir en 2h les dunes nous séparant du premier village desservi par des routes. 4h plus tard, nous atteignons Fortaleza. Promenade en ville, restaurant au kilo, découverte de la baie, de ses petites plages et observation depuis le pont des anglais des surfers locaux qui, loin du style clinquant des touristes de Jeri, semblent être nés dans l'eau. Au loin, la grande zone industrielle portuaire. L'ambiance urbaine de Fortaleza perturbe nos sens trop rapidement et nous incite à repartir le soir même pour Salvador. Les 22h de car devraient créer une bonne transition...

La chance nous sourit dès notre arrivée : il reste exactement 2 places dans l'auberge de jeunesse « Laranjeiras », notre 1er choix « lonely planet » (encore merci Pedro!) et nous venons tout juste d'apprendre qu'à Salvador l'ouverture du carnaval a traditionnellement lieu le jeudi, soit le sur-lendemain... Cela pourrait paraître anodin, mais Salvador est LA ville du carnaval et les gens réservent plutôt plusieurs mois à l'avance. Bref, non seulement nous avons un toit, mais en plus nous allons assister à une partie du carnaval de Salvador avant de découvrir celui de Rio, les 2 plus beaux du Brésil !


L'auberge de jeunesse, je la recommande vivement : accueil très sympa, belle déco conviviale, petit-dej copieux et une crêperie des plus fameuse à l'entrée, à vous donner envie d'un énorme goûter...





Salvador est la capitale de l'état de Bahia, le plus vaste de la région du Nordeste. La ville se trouve à l'extrémité d'une péninsule et regarde vers l'Ouest, sur la « Baie de tous les saints » qui forme comme une encoche sur la côte atlantique.

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Deux niveaux partagent la cité en une ville haute, ancienne, et une ville basse, plus étendue au niveau du port. Elles sont reliées par des rues escarpées, mais aussi par un ascenseur et un funiculaire rappelant « la ficelle » de Lyon.












Salvador, c'est un autre Brésil. L'accent déjà sonne différemment.
Ensuite, la majorité des habitants sont noirs, descendants des esclaves. Salvador était en effet l'une des 2 plus grandes villes coloniales du pays. De nombreux esclaves s'y sont en outre réfugiés au moment de l'abolition de l'esclavage en 1888. Beaucoup plus grands et sveltes que les amazoniens, ce sont aussi pour moi les plus beaux brésiliens! Un regard pourtant plus dur et des sourires moins fréquents, résultat de l'histoire et d'une économie plus faible. Une discussion de terrasse nous a même appris qu'en plus du racisme envers les noirs, il existait un racisme très fort entre les noirs eux-mêmes qui se distinguent par l'intensité de leur couleur due aux nombreux métissages. Habituées au manichéisme des couleurs de peau européennes, nous, qui pensions que le Brésil était la terre promise au métissage, tombons de haut. Comme aux Etats-Unis, une loi de quota relative au nombre de noirs dans les universités vient d'être instituée au Brésil...
Mais la discussion, toujours gaie, traita aussi d'amour, un sujet que les brésiliens abordent aussi fréquemment que naturellement, d'autant plus à Salvador qui incarne la culture la plus passionnée du Brésil.








Le Pelourinho est le quartier historique de Salvador, patrimoine mondial protégé par l'Unesco. Pelourinho signifie poteau (merci Lonely) en référence au pilori auquel étaient attachés les esclaves récalcitrants pour y être châtiés... Ses maisons baroques aux couleurs vives et une multitude d'églises (une pour chaque jour de l'année paraît-il) dominent la baie et révèlent les richesses de la cité coloniale des XVIIème et XVIIIème siècle. Les rues pavées, étroites et très animées sont le décor de concerts perpétuels et les écoles de danse, de musique et de capoeira occupent les édifices anciens.



Quelques heures dans le « Cigarro et Coffe Shop » praça da Sé, où l'on peut déguster dans une ambiance feutrée les fameux cigares de Bahia.


 

 

 









Petite pause en terrasse face à la mer après une promenade dans le Pelourinho moins touristique mais tout aussi coloré. Nous découvrons les jus mélangés, quasiment 1 litre chacune... A priori, ce n'est pas l'invention du fil à couper le beurre, mais pour nos petites papilles, ce mélange de fruits frais est un vrai régal : mangue + goyave + acerola (pas de traduction existante) et ananas + menthe. Magali et moi nous décidons de nous offrir un mixeur à notre retour en France, pour tenter de faire remonter les souvenirs par le goût !



Sur la Praça do Terreiro de Jesus, de nombreuses bahianaises vendent des acarajé -beignets de farine de haricot frits dans l'huile de dendê, remplis d'une sauce de piment et de crevettes séchées- (ou comment être calé pour 2 jours pour seulement 2RS...), des vatapa -pain de lait de coco, crevettes, huile de dendê, noix de cajou, oignon, poivron, ciboule et piment- du caruru -purée gluante à base de quiabo et de haricots, servie avec de la viande de poule et du poisson- ainsi que de nombreux gâteaux au coco.

Sur cette place très animée, des dizaines de filles nous hèlent régulièrement sans arrêter d'agiter leurs doigts experts dans les cheveux courts ou longs de leurs clients, hommes et femmes. Tranças (tresses)? Le travail est magnifique et le résultat souvent probant, j'hésite.
Puis j'oublie en croisant certains touristes pâlots au cheveu fin à qui ce type de coiffure va bien sûr comme un gant et qui ont certainement dû en découdre à la veille de réembaucher...


La déco du carnaval est splendide : chaque quartier est symbolisé par une sorte de totem immense, fait de carton et de plastique colorés avec goût, à la mesure de l'importance de la fête qui s'annonce. Celui-ci est orné de 3 berimbau géants, les instruments à corde des capoeiristas, réalisés en papier mâché et tuyau de chantier.










Dans
chaque rue, des petits moulins tournoyant au-dessus de nos têtes présentent différentes figures de capoeira. Cet art martial est partout très présent puisqu'il a été créé par les esclaves. Des groupes s'entraînent sur les places et demandent une pièce à ceux qui les prennent en photo.

 

Les bahianaises ont compris également -et elles ont raison- l'intérêt qu'elles avaient à ne pas se défaire de leur superbe robe à dentelle et à cerceaux -de couleur pour tous les jours, blanche pour les cérémonies- couverte de dizaines de longs colliers de graines (représentant leurs divinités protectrices), car le touriste veut pouvoir rapporter en boite cette image qu'il avait en tête de Salvador, celle qui fait rêver ailleurs, en posant dans les bras chaleureux de ces jolies dames.

A la veille de l'ouverture du carnaval, campagne anti-alcool et distribution de camisinha (littéralement « petites chemises » que l'on traduit par capote, c'est comme pour le fio dental, « fil dentaire » pour le string, les brésiliens sont très poètes). Le but du carnaval est bien d'expulser les tensions accumulées durant l'année non ?

La campagne a eu la bonne idée de reprendre le fita, le traditionnel ruban bahianais que des enfants vendent à tous les coins de rue, lié au poignet par 3 noeuds, un pour chaque voeu, qui se réaliseront quand le fita tombera. Ces rubans sont un souvenir de l'église Notre Seigneur de Bonfim (Jésus), le principal lieu de pèlerinage et de culte des adeptes du candomblé. La culture bahianaise est en effet imprégnée de ce rite afro-brésilien, qui associe Jésus à Oxalá, leur principale divinité.



Le fort Santa Maria au pied de Salvador surveille la baie. A 1 heure de l'ouverture du carnaval, la plage est bondée et j'ai volontairement ignoré la foule au 1er plan sur la plage où nous sommes quasiment collés les uns aux autres. Derrière nous, d'énormes camions américains sont prêts à faire exploser leur sono, suivis par des milliers de personnes qui attendent pour l'instant tranquillement le départ de ces Trios elétricos. Les bus ne fonctionnent plus, on devra rentrer avec l'un des rares taxi que l'on partage avec un journaliste francophone.

Là-haut, dans le Pelourinho, le carnaval est différent. Pendant toute la journée et surtout le soir, les différents blocos (groupes organisés par quartier ou par thème) défilent déguisés, les tambours en tête dont la force du geste remplit l'air d'un boucan rythmé incroyable, qui dansent en jouant et lancent régulièrement leurs bâtons en l'air comme de vraies majorettes, les spectateurs ensuite dont les vêtements sont aux couleurs du groupe, les ramasseurs de canettes en cortège final, car ici le métal se revend (4RS les 70 canettes) et les jours du carnaval sont en or...!

par celle in Brazil publié dans : le Nordeste
ajouter un commentaire commentaires (6)    recommander
Dimanche 6 avril 2008
A la pointe de la péninsule de la région du NordEste, Jericoacoara se situe dans l'état du Céara dont Fortaleza est la capitale.


Niché entre deux dunes face à l'immensité de l'océan atlantique aux mouvements turquoises, Jericoacoara est le genre de village où l'on passerait une vie entière en maillot de bain, une eau de coco à la main... Considérée comme l'une des plus belles plages du monde, Jeri -pour les intimes- est le lieu top tendance de la côte où l'on croise de grands blonds qui attendent la wave, où les magasins de surfs et les boates (boites de nuits) sont plus nombreux que les épiceries, où l'on décide subitement de rester plus longtemps que prévu...

 

Mais Jeri se mérite. Car si les rues de sable donnent l'impression de poser le pied sur la plage dès le saut du lit et qu'aucune voiture ne perturbe votre chemin jusqu'au 1er bain du matin, c'est qu'il n'y a pas de route asphaltée pour s'y rendre. Seuls des véhicules adaptés à la conduite sur sable le permettent.

Magali et moi dédaignons le trajet par Fortaleza -classique mais plus long- en choisissant de passer par la petite ville de Camocim où l'on débarque le 24 janvier à 22h. Repérage des lieux. Frango passarinho (petits morceaux de poulet frits) dans une des baraques de la place dont le cuistot nous recommande Zé, le propriétaire d'une jeep qui part tous les matins pour Jeri s'il y a assez de monde.


Rendez-vous pris au marché où l'on achète ces petites bananes délicieuses et des noix du Brésil pour le trajet.

 

La jeep affiche vite complet ... 8 personnes sur les 2 banquettes avant, 8 sur les bancs en bois à l'air libre, 2 accrochés derrière, 3 sur le toit avec les bagages, un VTT et une gazinière.




 

 


Depuis la plage de Camocim, la jeep emprunte d'abord un bateau pour traverser un bras d'eau, avant de rouler pendant plus de 2h sur le sable le long de la mer, avec pour tout décor des dunes, des lagunes et du bleu à perte de vue.


Cheveux au vent, silence, admiration et recueillement. Franchissement d'une nouvelle lagune sur un radeau en entrant dans le parc National d'Ubajara. Le 4x4 des sables dépose de temps à autres des passagers dans des lieux où l'on ne voit ni maison ni habitant, puis dans un village comme une oasis. Il paraît que sur ce sol qui n'a en apparence rien de fertile, tout pousse, haricots et cocotiers entre autres.

 


 

Au loin, la haute dune « Pôr do sol » (coucher de soleil) qui cache Jeri, annonce l'arrivée. Déposées dans une pousada bem e barata (bien et pas chère), on adopte aussitôt le costume local traditionnel -maillot, paréo et havaianas (tongs)- pour visiter les lieux et on comprend dès cet instant que Jeri nous retiendra plus longtemps.


Jeri, c'est carrément bobo mais avouons-le, ce petit changement inattendu d'ambiance fait du bien ! Au départ, le lieu avait été repéré par des hippies surfeurs, les vrais des seventies qui roulaient en combi VK. Ensuite le surf est devenu chic, faisant évoluer Jeri à l'image de ses visiteurs. Des pousadas, des bars et des petits restos sympathiques plus ou moins abordables, une déco imaginative et très tendance mais aussi des bouis-bouis où manger un traditionnel poisson grillés riz, salade et haricots. Beaucoup de touristes certes, mais on retrouve ici Wolfgang, Daniel l'équatorien et Alessandro l'argentin. On rencontre aussi Joe (Angleterre), Pablo et Leticia (Uruguay), Claude, Pascal et Gaëtan, 3 suisses qui nous repèrent à nos « têtes de françaises ».


La planche (à voile, kitesurf et sandboard) reste l'activité principale et favorite du lieu. La trempette plus que la baignade également, car de ce côté de l'atlantique, on a pied sur des dizaines de mètres. Heureusement, le courant laisse sur la plage des petits bassins d'eau chaude dans lesquels s'installer pour admirer les prouesses des sportifs qui de toutes façons sont là pour ça.

La présence dans cette « Aire de Protection de l'Environnement » de buggys trop nombreux, bruyants et polluants, détonne quand-même, surtout quand il s'agit d'emmener des touristes musique à fond vers des lieux qu'on atteint en une promenade...


Regardant l'Atlantique, le village se love entre la dune « Pôr do sol » au Nord et une petite colline verte dont la falaise sur le flanc surplombant la mer évoque la côte d'argent du pays basque, encore ! 

En fin de journée, la dune est mouchetée d'adeptes romantiques venant admirer la mer avalant le soleil. Bizarre ? bravo à ceux qui suivent ... regardez bien la carte : Jericoacoara se trouve en effet sur une partie de la côte brésilienne orientée Nord-NordOuest, permettant en un jour si l'on veut, d'admirer le lever du soleil à Fortaleza et son coucher à Jeri... pas mal.

Quand on regarde au loin le sable qui ondule jusqu'à l'horizon, on s'étonne de la présence de troupeaux de vaches au creux des dunes. Le soir venu, elles sortent en ville avec leurs amis les ânes, fouillant malproprement les poubelles bien remplies des restaurants.

Au même moment, des groupes de capoeiristas -torse nu et pantalon blanc de rigueur- viennent s'échauffer sur la plage. Un cercle se forme ensuite pour une roda (démonstration) au milieu duquel deux d'entre eux « s'affrontent » en danses acrobatiques au rythme du berimbau, des tambours et des battements de mains.

A la nuit tombée, l'ambiance s'électrifie. Une nouvelle rue surgit alors de nulle part, orientée droit vers la plage, cadrée de dizaines d'étals regorgeant de bouteilles multicolores dont les vendeurs proposent aux âmes inconscientes qui s'y aventurent caipirinha, caipiroska (de la vodka au lieu de la cachaça) et autres boissons à teneur minimum en alcool. Mais pour digérer le dîner, il y a ici autre chose que la samba : quelle euphorie, pouvoir enfin sauter dégingandée sur les rythmes technos insupportables du « Planeta Jeri » d'où Magali s'enfuit en courant. Puis se laisser convaincre d'apprendre le forró avec the professeur attitré du « Bar do Forró » qui, s'il n'avait pas déjà été chauve, se serait arraché les cheveux au bout de la 3ème danse. Bien sûr, celles qui dansent mieux décrochent des propositions de cours particuliers nocturnes sur la plage...

par celle in Brazil publié dans : le Nordeste
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Jeudi 3 avril 2008
Cet article est dédicacé à Marie, Béline et Manue en souvenir de conversations mémorables à Landeda, été 2007...

Prendre des cours de portugais pour savoir s'exprimer, c'est utile, pour apprécier une culture, c'est encore mieux. Car ma prof à moi répondait à toutes mes questions. Mieux, elle pimentait les leçons de ces petites choses que des yeux étrangers n'arrivent à décrypter qu'après explication. C'est pourquoi, le jour où j'ai abordé la délicate question de l'épilation, je n'ai pas regretté la pression opérée sur moi via Internet par certaines personnes friandes d'un savoir-faire local participant en France à la réputation du Brésil...

Partant du fait qu'il fallait vivre cette « coutume » pour mieux la retranscrire, j'ai donc testé pour vous...

Certains évènements imposent parfois un repos nécessaire à l'esprit et Magali, Brigitte et moi entendîmes l'appel en cette matinée du 23 janvier à São Luis. Notre décision est prise : trouver un « salão de beleza », penser à nos petit corps et se relaxer.

A l'office de tourisme, la policière - formes girondes, uniforme kaki moulant, docks-side et démarche mollement balancée - pointe son doigt en direction de la rua do Giz, celle du grand escalier. La quarantaine, les cheveux rasés, Rai nous accueille dans son salon avec un grand sourire. Peut-être plus européen que NordEsten après avoir travaillé comme coiffeur à Londres, Barcelone, Paris et au Portugal, il s'amuse de nous entendre marchander à la brésilienne. Ici comme partout au Brésil, les salons de beauté combinent coiffure, épilation, pédicure et manucure.

Un ou une experte par matière et Mme pédicure peut même réussir à outrepasser le léger mouvement de recul qu'elle a en découvrant des pieds -que je ne nommerai pas- enfermés plusieurs semaines dans des chaussures de randonnée, réussissant même à les transformer en de véritables petits petons de bébé. Si l'Amazonie vous a plu, elle peut aussi donner à vos ongles un air sauvage en y peignant des toucans, des singes ou des piranhas. Idem sur les ongles de vos mains bien sûr et l'on admire souvent les petites oeuvres d'arts fleuries, strassées et pailletées au bout des doigts féminins.

Magali opte pour le forfait shampoing, coupe et épilation des sourcils. A la pince s'il vous plaît, par des mains expertes. On vous le fait à la cire en France ? Rai est choqué : « la cire, ça ramollit les paupières ! »

 


Un visage parfait d'accord, mais sur un corps version macaque, c'est pas trop contrasté ?

Mme épilation n'étant pas venue aujourd'hui, je quitte le salon après 2h de rigolade s'achevant par la présentation de tous les amis de Rai en photos sur les murs et pars à la recherche d'un autre salon. Au Brésil, médecin ou esthéticienne, on ne prend pas de rendez-vous, on attend son tour en bavardant ou en lisant des magazines intellectuels. Avec mes 29RS en poche, je demande à Mme B du grand salon rose ouvert sur la rue ce qu'elle peut faire pour moi. Pour savoir, il faut voir. On tombe la totalité des vêtements et la conversation s'engage au rythme du collage-décollage des bandes de cire tiède, sans aucune gêne. Le maillot brésilien, c'est comme la glace à l'italienne, ça n'existe qu'en France. Si vous ne demandez rien, c'est ticket de métro automatique, jamais moins. Et pour le prix, vous avez droit le plus naturellement du monde au « contorno » et au « retorno », cette fois ce n'est plus de l'italien, comprenne qui pourra...!


J'ai toujours détesté les lignes droites, que me proposez-vous ?

Vous voulez de l'original, d'accord ! Mais attention, ça se corse...

Pour cela, on vous propose le maillot personnalisé. Contre un billet de 50RS minimum, une artiste réalise sur votre bas-ventre le dessin de votre choix : un coeur, les initiales de votre amoureux, la croix égyptienne, un poisson ou le drapeau brésilien ne lui font pas peur. Et attention, quand je parle de dessin, j'entends par là forme et couleur : vous m'avez comprise, si vous optez pour un coeur, on vous épile en forme de coeur et on colore !!! Mais ne vous méprenez pas, j'ai dit que je n'avais que 29RS en poche...

 

les incas aussi s'épilaient...

 

J'en ai marre de dormir avec un tapis toutes les nuits, que puis-je faire ?

Le taux de fréquentation des établissements d'esthétique et très important et ça ne concerne pas que les femmes. Même si Mme B regrette la frilosité d'ordre soit disant machiste qui voudrait qu'ils hésitent à se faire épiler de peur de passer pour des homosexuels, les hommes sont très regardants sur l'aspect de leur corps . Les statistiques montrent que le nombre d'hommes s'épilant a augmenté de 80% ces 2 dernières années... Question de mode d'accord, mais aussi de sensibilité esthétique, celle-là même qui incite les femmes à s'éplucher régulièrement. Melle A, adepte et revendicatrice du 100% poilue, me disait hier que les femmes en étaient venues à s'épiler sous la pression purement machiste des hommes dont le poil reste la marque suprême de virilité (« c'est vrai répondit Mme I, aucune femme censée n'a pu imaginer une torture pareille »). Serait-ce que le brésilien se sente l'égal de la femme ? eh bien oui, je l'affirme, les hommes ici ne me paraissent pas pollués par des considérations ou des attitudes de cet ordre. On le réalise mieux encore lorsque l'on passe la frontière argentine et que n'importe quel homme vous suit du regard en sifflant à vous arracher les oreilles...

C'est vrai, l'épilation permet aussi aux hommes de valoriser... leurs muscles. Mais si pour cette raison, ils se font faire les jambes entières et le torse, l'argument ne tient plus pour le dos, le maillot et les aisselles, encore moins pour la barbe. Oui la barbe. Bien sûr il faut attendre 2 jours que le poil mesure 3mm mais ne pas se raser quotidiennement, c'est quand-même un luxe non?!

 

 


Je ne peux pas me séparer de mon caniche et on le refuse dans le salon, aidez-moi !

Aucun problème. Pour vous, il y a la solution trottoir : coiffure, épilation des sourcils, pédicure et manucure en plein air. C'est convivial, les passants admirent le travail, vous profitez de l'odeur de friture de l'étal de droite tout en choisissant votre prochain string sur celui de gauche et en plus ça coûte moins cher !


Je suis allergique à la cire, existe t'il d'autres solutions ?

Oui. Le Brésil n'est pas uniquement le roi de l'épilation, il a également su s'adapter en se diversifiant. Et au top du classement, on aime :

  • * les filles assises sur leur lit dans le dortoir de l'auberge de jeunesse qui se rasent consciencieusement les jambes et tapissent le carrelage d'une petite moquette moelleuse
  • * celles qui préfèrent les mousses dépilatoires, à pratiquer exclusivement sur la plage : étaler de la crème blanche à la spatule depuis la cheville jusqu'au maillot, attendre 5 minutes et rincer dans la mer. C'est ce qu'on apprécie chez les brésiliens, l'art de ne pas se compliquer la vie, de s'affranchir totalement du regard (le mien, halluciné) et de l'avis d'autrui, de savoir partager avec les voisins baigneurs qui auraient éventuellement oublié leur propre crème tout en offrant aux poissons un capuccino géant...
  • * les poils décolorés en blond : au départ ça choque, ces jambes cuivrées doublées d'une petite couverture en poil frisotant jaune fluo. Et puis on apprend que les garçons adorent ça... eux-mêmes d'ailleurs sont passés experts dans l'art du mélange ammoniaque-eau oxygénée pour décolorer leur torse notamment (tiens Sylvain, c'est quoi ces petites fioles dans la douche ?!). A essayer... sur la plage bien évidement...

 


  •  


exemple de petit magasin manauara entièrement dédiés aux cheveux et aux poils


par celle in Brazil publié dans : être brésilien(ne)
ajouter un commentaire commentaires (6)    recommander
Samedi 22 mars 2008
carte-localisation-copie-1.jpg
A 12h de car au Sud-Est de Belém, São Luis se trouve dans l'état du Maranhão et dans la région du Nordeste qui comprend la plus grande partie de la côte atlantique brésilienne.














L'envie de dessiner revient quand le lieu s'y prête.
Classée au patrimoine mondial de l'Unesco, la ville coloniale me touche par la beauté de son centre historique, sans doute parce qu'
en Europe nous avons érigé l'ancienneté au rang d'idéal esthétique : larges places arborées, rues pavées au relief exagéré et vues sur les toits en tuile, bâtisses couvertes d'azulejos ou dont le blanc immaculé des murs souligne élégamment les boiseries rouges, bleues, vertes ou jaunes souvent cadrées de pierres.SaoLuis-rue.JPGSaoLuis-porte.JPG

SaoLuis-feu-azulejos.JPG










Patrimoniale jusque
dans ses feux
tricolores recouverts
d'azulejos... en linoléum !


SaoLuis-voile-rouge.JPGEt la brise salée de la mer, enfin ! Même si la ville borde plus exactement le rio Anil, à l'embouchure du fleuve sur la baie São Marcos, j'aime revoir le mouvement de la mer qui se retire ici très loin, laissant nu le sable gris et humide que les ibis bleus explorent méticuleusement. Au loin, les grandes voiles triangulaires colorées des bateaux traditionnels de pêche.

SaoLuis-fonte.jpgLa magnifique fonte Ribeirão approvisionnait autrefois la ville en eau. Sa façade vive et travaillée surprend comme la grande dalle en pierre entaillée d'une rigole qui la devance en contrebas d'un large escalier. On imagine que l'eau sortait des fenêtres à barreaux derrière lesquelles a été découvert en 1990 un réseau incroyable de galeries parcourant le sous-sol de la ville. Plus tard, à Salvador, une exposition du photographe français Pierre Verger nous a montré des enfants à l'assaut des fenêtres de cette fontaine alors sans couleur. Ce bleu a t'il droit de cité dans la palette chromatique saint-louisienne ou est-ce une pure fantaisie de la municipalité, se demande la française...


SaoLuis-rasta-hom.jpgSão Luis, c'est aussi la capitale du reggae au Brésil, et ça se voit par la proportion plus qu'importante de dread locks. Ce sont même les grand-mères, installées sur leurs chaises dans la rue, qui crochètent les larges bonnets rouge, jaune et vert ! La ville agit comme un véritable aimant pour les adeptes du rasta farri et les hippies aux pieds nus vendant des bijoux artisanaux (qu'ils fabriquent pour payer leur voyage) sont ici plus nombreux que dans n'importe quelle autre ville brésilienne.

La musique est partout dans les rues, sur les places, dans les bars, jusque dans la chaleureuse librairie-cyber-café où l'on a rencontré le roi local... de la samba, Antonio Vieira, fredonnant.

SaoLuis-rasta-fem.jpgC'est à São Luis que j'entends pour la première fois du reggae en portugais. Lors d'un concert en plein air, j'avais remarqué la coiffure de Celia -une vraie pièce montée à la Fontanges- avant qu'on nous la présente. Figure du reggae, elle travaille actuellement à la création d'un label local avec des groupes chantant en portugais pour que les jeunes comprennent le message de Bob Marley. Elle nous explique que dans la traduction récente d'une chanson française, ils ont élagué une partie du texte afin qu'il ne soit pas mal interprété.