Une des 1ères choses qui m'a étonnée en arrivant ici, ce sont les restaurants au kilo.
Le principe est simple : prendre une assiette, se diriger vers le buffet constitué d'une multitude de plats différents, remplir son assiette avec raison et justesse,
faire peser, en échange de quoi on obtient un ticket affichant le prix correspondant, sur lequel les nombreuses lignes vides suggèrent de se resservir autant de fois qu'on le souhaite. Les prix,
le choix – et la qualité- peuvent varier énormément, mais on s'en tire généralement pour vraiment pas cher. Il en existe dans tout le Brésil et ils cumulent les avantages de permettre de goûter
un peu à tout ce qui existe dans chaque région et de pouvoir prendre exactement la quantité que la faim nous dicte. Sauf qu'on a légèrement tendance à avoir les yeux plus gros que le ventre et à
ne laisser aucun vide dans l'immense assiette blanche. Disons qu'à force on maîtrise un peu mieux... Le plus dur, c'est de résister aux desserts qui vous narguent de loin avec leur brillant et
leurs couleurs chatoyantes, alors qu'on sait pertinemment qu'on n'a plus faim et que c'est justement parce qu'ils sont magnifiques que vous aurez du mal à vous relever pour partir.
Un exemple en image : une belle
assiette catégorie diététique largement compensée par celle des desserts dont chaque mini portion comporte au moins 10 fois les calories du plat...
Une manière de manger encore moins cher -quand on a passé au moins 45 jours dans le pays, le temps que son petit ventre ait repris l'habitude de créer des anticorps
que la législation européenne lui avait fait oublier- c'est de manger dans la rue.
Ensuite, c'est une question de choix : soit vous optez pour l'éthiquement correct, la salubrité de votre corps et le maintien de la production locale en picorant parmi les multiples fruits,
graines et légumes que l'on décortique et cuit rien que pour vous, soit vous décidez d'adopter la fesse nationale tout en finançant la déforestation (j'ai osé le sujet qui fâche ?!) en préférant
les pastels (beignets au fromage ou à la viande), les churrasco de gato, les gâteaux maison que des habitants vendent sur une petite table pliante comme à la kermesse du village, les
sodas, glaces et pop-corn promenés dans leurs petits chariots de plage et les centaines de bonbons bien rangés dans leurs petites cases en bois...
"Churrasco de gato", c'est quoi? c'est le 1er mot que j'ai appris ici, gato étant le chat et churrasco une sorte de grillade au barbecue. Il
y a en effet des grillades de chats plein les rues dès que le soir tombe parce qu'ils envahissent les villes et qu'il faut bien rentabiliser leur élimination... Non, c'était pour rire (quoique?).
De gato, c'est justement pour signifier que c'est dans la rue (et qu'on ne sait pas exactement ce qu'on mange, on y revient...). Vous pouvez ainsi déguster pour 2Réal la brochette, du boeuf ou
des coeurs de poulet parfumés au gaz carbonique debout au milieu des voitures, huumm!
En parlant de poulet, on m'a d'ailleurs vivement recommandé de goûter aux poussins, paraît-il fameux, en s'étonnant que la France n'ait pas encore pensé à en cuisiner.
J'y pense.
Question viande, l'apothéose c'est la churrascaria, le resto où l'on va tel un romain à l'orgie, en regrettant juste qu'il n'y ait pas des plumes à la
place des cure-dents : une véritable valse de viandes de toutes sortes enfilées sur d'immenses piques à brochette que des dizaines de serveurs pointent dans votre assiette au rythme de 10 au
quart d'heure... Pour les végétarien, il y a 3 feuilles de salade et des bananes frites qui se battent en duel sur la table...
Vous l'aurez compris, l'abondance (je n'ai pas dit l'équilibre...) est de règle au Brésil et ça favorise les économies quand on a saisi qu'un plat valait pour 3 personnes, le tout étant de se
mettre d'accord sur le plat en question.
A Manaus,
grâce au Rio Negro, les étals des marchés regorgent de poissons d'eau douce : goût inconnu pour nos papilles habituées aux poissons de mer, totalement délicieux et répondant aux
jolis noms de tucunaré (cru mariné, un régal à 12réal chez le péruvien), pirarucu, tambaqui, jaraqui, pacù, bodo ou piranha (eh oui, c'est même l'un des
meilleurs!). Mais ne comptez pas en trouver chez votre poissonnier, ces poissons aux jolies couleurs qui ne mesurent jamais moins de 50cm sont inexportables, même jusqu'à Sao Paulo !
Ce qui ne veut pas dire que les manuara ne mangent que ça, c'est un plat plus cher et la viande accompagnée de riz, haricots noirs et farine de manioc reste le plat
national.
A Rio, on trouve du poisson et des fruits
de mer, logique.
Là, le beau moustachu montre une pieuvre,
un des mets les plus chers. C'est dans la halle
de Niteroi (ville en face de Rio) où l'on peut
faire cuisiner par l'un des nombreux restos
le poisson acheté tout frais au marché.
Et puis sur la plage, des vendeurs viennent
même vous proposer une douzaine d'huîtres
obèses dans un plateau d'argent.
Côté végétaux, le grand gagnant des régions Nord du Brésil, c'est le manioc, même si c'est un aliment pas franchement tendance du fait qu'il rappelle
les indiens. Eh oui, pas facile d'être indien à Manaus, ça fait un peu plouc parce que ça rappelle à chacun ses origines simples et proches de la terre, or il faut savoir aller de l'avant et
consommer comme le monde entier, c'est plus moderne. Et pourtant...
Halte à la déviation, je reviens au manioc. On trouve :
* la tapioca, une fécule qui sert à faire des beijus (nom indien) ou tapioquinha, sorte de petite crêpe blanche épaisse qui se mange au petit-déjeuner avec du fromage et du tucumào (le
fruit d'un palmier)
* la même tapioca peut être soufflée comme du pop-corn pour accompagner les glaces, crèmes, etc.
* la farofa, sorte de semoule à faire revenir avec du beurre et des herbes à la poèle, j'adore!
* le tucupi, jus du manioc cuit jusqu'à obtenir la couleur et la consistance du miel de canne et qui est mortel s'il n'est pas bien cuit...
* et tout ce que syl20 aurait à rajouter vu qu'il en a fait sa thèse mais je ne vais pas non plus publier un article de 400 pages...
En seconde position, le palmier.
On en mange différentes espèces sous plusieurs formes. Il y a le cocotier, l'açai et le tucumào, dont on fait des jus et des
glaces.
- Dans tout le pays, le lait de coco se boit dans la rue, dans sa grosse carapace verte juste percée pour passer une paille, super rafraîchissant.
- Le tucumào, à la chair orange, est très apprécié au petit-déjeuner dans les beiju et nature dans la rue.
- L'açai s'avale pour certains au kilo en crème quasi gelée. On se jette dessus parce que c'est couleur chocolat noir et on n'en redemande plus après. C'est comme avec
le tucumào, je n'arrive pas encore franchement à m'y faire, question d'éducation du goût...?
Autre fruit d'un palmier, la pupunha, 2Réal le sachet de 10 fruits cuits pendant des heures, encore un peu farineux mais pas mal. Le bacaba, dont la
graine ressemble à l'açai et l'araça-boi, un fruit jaune délicieux qu'il ne faut pas rater la saison venue parce qu'il ne se conserve pas.
Pour faire ses courses, on a le choix entre les supermarchés, les vendeurs de rue et les marchés et foires. Les supermarchés vous accueillent avec une
odeur des plus inquiétante (viande en état de putréfaction...?), le Chanel n°5 du lot étant Carrefour, que je cite délibérément pour sa grande logique commerciale : si en France, il crie sur les
toits sa conscience écolo avec la campagne anti-sacs plastiques, au Brésil il s'adapte parfaitement aux coutumes locales qui veulent qu'un sac -trop fin- soit systématiquement doublé pour mieux
tenir et contienne au maximum 2 aliments (à noter que la multiplication des petits métiers fait que ce n'est pas vous qui emballez vos provisions et que si vous vous permettez de concentrer les
aliments dans un seul sac, on vous regarde comme si vous étiez Mickaël Jackson en personne). Par ailleurs, si vous décidez de vous lever à l'aube pour être là à l'ouverture du magasin et éviter
de passer 3 heures dans la file, vous pourrez découvrir des aliments étranges tel « le chocolat en plaque mou » qui aura retrouvé toute sa fermeté après quelques heures de
fonctionnement de clim (c'est rien, elle est juste éteinte chaque nuit...).
Ne vous aventurez pas non plus à jeter un oeil sur les emballages pour connaître les ingrédients, vous pourriez décider sur le coup de commencer une grève de la faim : acide citrique, citrate de
sodium, xantane, stabilisant, phosphate, acide ascorbique font partie du moindre produit, du plus simple (le sel qui ne sale pas, le sucre, le beurre...) à celui estampillé « naturel »
en lettres grasses.
Bref, les belles
couleurs des marchés sont autrement plus fréquentables et sympathiques, on marchande, on goûte aux farines, on mange sur place, ça sent la friture et le poisson et c'est pas plus hygiénique mais
ça paraît plus normal.
Super ou pas, prenez en rentrant chez vous le temps de trier : pour ôter par exemple tous les vers de la farine pourtant scellée sous plastique ou les charançons des haricots. Et puis mettez un
maximum de choses au frigo, parce qu'avec la chaleur tout moisit ou devient le refuge d'une petite bête au bout de quelques jours... sympathique non ? tout de suite, on envie moins le fait que je
sois en maillot de bain pour écrire cet article ?!
Autre chose, n'essayez pas de retrouver vos saveurs habituelles, c'est fichu d'avance. Si les coeurs de palmiers, les mangues, les papayes et caramboles qui valent une
fortune dans votre Monoprix ne coûtent rien ici, une courgette verte peut valoir 20Réal pièce (8€), les tomates avoir un goût farineux qu'on ne leur imaginerait même pas en venant de leader-price
et se mettre à croire que les carottes se font elles aussi siliconer...
Une recette à la brésilienne pour finir ?! un gâteau par exemple. Attention, c'est compliqué. Vous prenez : du sucre en quantité astronomique,
de la crème de lait à doser selon votre convenance, du lait concentré sucré, vous mélangez et vous laisser refroidir au frigo pendant une heure. N'hésitez pas à couvrir d'un nappage de caramel et
à décorer de mms... Je sais, c'est pas sympa, mais si un fou-rire remplace un steak, on aura avalé pas mal de protéines certains soirs en lisant à voix haute les recettes d'un vrai livre de
cuisine qu'on nous avait prêté, jusqu'à frôler l'étouffement le soir où l'on a appris que pour faire du jus de mangue, il fallait... : du jus de mangue, du sucre, etc...
Bon mais il ne faut surtout pas généraliser !
Sinon, pour accompagner mon pirarucu-farofa,
ce qu'il me manque le plus ici ?
du pain (de Thibault!)