A une centaine de kilomètres au Sud-Ouest de Rio, la petite ville
de Paraty, située sur la côte Atlantique, est protégée de la mer par différentes îles et presqu'îles
au relief marqué formant la baie de Parati.
Il pleut quand nous (Céline²) descendons du car, dans la petite rodoviaria située à deux pas du centre. Mais aussi furtive qu'appréciée, l'eau ne freine pas notre recherche active de la pousada chouette et économique qui ne semble pas pulluler dans
le coin. On optera pour la petite chambre au fond du grand jardin de mamie-qui-ne-perd-plus-le-Nord-grâce-au-tourisme, où Céline s'endort aussitôt, terrassée par la somme des kilomètres avalés
depuis son arrivée à Buenos-Aires...
Le centre historique de la ville est splendide dans sa simplicité et dans son rapport étroit au contexte géographique.
Un quadrillage parfait de rues empierrées bordées de maisons blanches relevées de teintes vives, souvent ornées dans leurs angles
de bandeaux bicolores aux motifs géométriques en relief.
Praça Matriz, à l'ombre des manguiers et des amandiers
Pas moins de quatre églises pour un peuple égal face à Dieu mais non face aux hommes : la grande Igregia Matriz, édifiée en 1787 au bord du rio Perequê-Açu sur lequel s'appuie le centre
historique au Nord, l'Igregia Nossa Signora do Rosário, élevée en 1725 par et pour les esclaves noirs, la
chapelle de Nossa Signora das Dores réservée aux blancs et l'Igregia Santa Rita, construite en 1722 pour les mulâtres affranchis. Sa façade à la fois simple et soignée est mise en valeur par
une grande pelouse la reliant à l'eau du port dans laquelle elle se reflète.
Nossa Sra do Rosario, Capela das Dores et Igregia Matriz et Santa Rita, posée sur son
tapis d'herbe
Dans les rues, les trottoirs, légèrement surélevés, sont abrités par l'avancée des toits et séparés de la chaussée par un fil d'eau en pente douce vers la mer. Les chaussées strictement
perpendiculaires à la baie forment un creu destiné à recevoir l'eau des marées montantes. L'effet est impressionnant : la mer pénètre progressivement dans la ville par de petites ouvertures
ménagées dans la digue qui la sépare de la baie. L'eau se retire plus tard laissant les rues parfaitement propres et découvrant, au pied des maisons faisant face à la baie, une belle prairie
humide s'évanouissant plus loin dans l'eau.
Dominant la ville, le Forte Defensor Perpetuo est accessible par
une route escarpée traversant une forêt tropicale où l'on admire de magnifiques bambous jaunes à rayures noires. Depuis la terrasse au sommet, la vue en surplomb sur la mer impose un arrêt
bronzage sur les rochers.
Vers le Nord, une succession de plages ourle la baie, où l'on peut manger aux terrasses des barraques-restaurants, à condition de
choisir la table la plus éloignée des haut-parleurs à samba. Décor splendide des îles dispersées dans l'eau, rochers nus ou collines boisées parfois devenues le jardin d'une cabane de
Robinson...
et si on se retirait du monde ?
Depuis la praia Jabaquara
Côté saveurs, la spécialité ici, ce sont les longs gâteaux au coco rapé de diverses saveurs (lait, ananas, goyave...)
entassés en pyramides sur des tables pliantes. Dans le centre ancien, des vendeurs ambulants proposent
des pâtisseries sagement rangées dans les nombreux casiers en bois de caissons mobiles protégés du soleil par de grands parasols.
Moins authentique : le café où l'on vous annonce en vous présentant la carte qu'il faut consommer pour un montant minimum – on
sort aussi sec – et la caipirinha pas trop chère mais franchement mauvaise du bar où on s'est prises pour Gault et Millau...
Touristique Paraty ? Quand les vendeurs vous abordent dans la langue de Shakespeare, on s'inquiète. Quand on entend parler
uniquement anglais et français autour de nous, on se sent ailleurs. Quand on constate que les serveurs ne sont pas toujours agréables, on en a la certitude : ça ne ressemble pas aux brésiliens.
Alors on se demande si toutes ces façades restaurées ne sont que de la poudre aux yeux, si la beauté des villes est inversement proportionnelle à la fréquentation touristique, comme les prix à
l'amabilité ambiante.
Mais on se dispense de répondre pour mieux profiter car après tout, nous aussi, nous sommes des touristes...