Ce n'est pas un mythe, le Brésil ne fait qu'un avec la musique et la danse.
Avec le bruit aussi, mais passons sur ce sujet qui mériterait un article à lui tout seul...
Le bâtiment, style néo-classique 19ème aux murs roses, n'aurait que peu d'intérêt sans sa coupole coiffée de tuiles vernissées (venues tout droit d'Alsace) aux couleurs du Brésil.
Opéra à l'occasion des 10 ans de l'orchestre philharmonique de Manaus
Concert de cuivres par l'Amazonas Band
Et si l'on s'étonne de voir la moitié de la salle vide, c'est que la majeure partie de la population n'est pas habituée à ce
type de spectacle en salle, parce que la musique se vit avant tout dans les rues. Les concerts en plein air rassemblent ceux qui passaient par-là et s'arrêtent spontanément pour écouter et
danser. A la brésilienne, au jour le jour. Sauf pour l'ouverture du festival annuel d'opéra qui a eu lieu 2 jours après mon départ avec un spectacle présenté jusqu'alors uniquement en Pologne où
il a eu un franc succès, créé par Roger Waters, oui, le guitariste-bassiste des Pink Floyd... Surtout ne rien regretter.
Concert sur la praça Sao Sebastao de Manaus
Mais le Brésil vit d'abord au rythme de la samba. Rien à faire, ils l'ont tous dans la peau dès qu'ils savent marcher et ne comprennent pas notre inaptitude à bouger nos (petites) fesses. Qu'à cela ne tienne, je décide de commencer à me former et Patricia, la seule brésilienne au monde à ne pas savoir danser la samba, tente de nous trouver une solution.
Pour apprendre à danser classe et pro, rien de tel que le « Ritmo quente » (rythme chaud...), une école de danse de Manaus qui ouvre ses portes tous les samedis soirs aux danseurs avertis et aux amateurs. Mais quand je constate en rentrant que tous les danseurs ne se permettent pas un faux pas, qu'ils passent avec aisance de la samba au forro puis au zouk, je choisis la chaise la plus éloignée de la piste, bien calée derrière une table, totalement inaccessible. Malgré cette précaution, un aimable courageux a l'audace de m'inviter (c'est le grand problème des brésiliens, jamais indifférents, toujours heureux de découvrir de nouvelles têtes et prêts à discuter). Je refuse avec un grand sourire idiot en lui expliquant que 2 mois au Brésil ne m'ont pas encore permis d'acquérir le déhanché nécessaire à un accompagnement digne de ce nom... Et j'entreprends aussitôt une analyse détaillée de cette samba sensuelle et de ce zouk aux mouvements très nettement apparentés à des ébats sexuels. Presque gênant.
1 : formé dès son plus jeune âge par des moines bouddhistes à la maîtrise totale de ses pulsions
2 : forcément homosexuel
3 : totalement frustré quand la fin du morceau l'oblige à se détacher de ce corps chaud qu'il maîtrisait d'une main parfaite...
Et en plus il sourit.
Pour danser sans complexe et terminer la nuit dans une ambiance de seconde zone, il y a la "Companhia do Forro", où l'on danse le ...
forro : 4RS pour les filles, 8 pour les garçons, ça donne tout de suite une idée du nombre supérieur de mâles derrière le grand mur, prêts à bondir sur les fraîches
partenaires. On se lance, on entre, 1er hangar, musique à fond. Malgré la pénombre, on feint d'ignorer les regards pesants d'étonnement de la foule qui rencontre rarement des étrangères dans le
coin (on a beau faire, le physique n'aide pas à l'intégration...), on passe dans le second hangar, 2000 personnes minimum. Tout au fond sur l'immense scène et sous les projecteurs, un groupe de
musiciens fait suer le couple de danseurs modèles dont les images sont retranscrites sur écrans géants, à l'intention de ceux qui ne suivraient pas bien les pas qui se succèdent à un rythme
effréné.
Un prédateur s'approche pour m'inviter à danser, il est petit et transpirant, je refuse. Il insiste, je lui dit que je ne sais pas danser. Il insiste, j'accepte à ses risques et périls. Il fait
noir, personne ne devrait trop me remarquer. Il me complimente pour me faire plaisir et profite du fait que les musiciens ne s'arrêtent pas entre 2 morceaux pour continuer sur un 3ème. Je
capitule. Trop sportif.
Je ne rappelerai pas ma seconde tentative de Forro, déjà évoquée dans l'article sur Jericoacoara. Je ne l'ai plus jamais dansé depuis...
Les écoles de samba sont également le siège de soirées dansantes en fin de semaine. Pour pouvoir accéder à ce type de festivités, il faut se munir d'un autochtone (merci Raphaël !) qui saura vous faire oublier que l'on se trouve dans un quartier particulièrement malfamé à coup de caipirinhas à 2 RS le demi-litre. Les rues grouillent, les voitures forcent et sur la scène montée en plein air, les musiciens se suivent et font danser le pagode, une danse dont je n'ai toujours pas compris si elle était affiliée à la samba ou non.
Aurélie, téméraire, s'essaye au pagode et à la caipi en même temps!
A Rio, il y a Magali et Antonio avec qui on n'échappe pas à la danse. Le problème c'est qu'ils aiment ça... Toutes les soirées se passent en musique dans le chaud quartier de Lapa, où des groupes chantent chaque soir dans les dizaines de cafés proches des arcades du "bonde" (le petit tram). L'avantage à Rio, c'est que l'on peut danser tout seul et si Tonhio vous entraîne sans sans vous demander votre avis, les non-pas passent à peu près inaperçus dans ces lieux surpeuplés. L'ambiance est excellente, joyeuse, les chanteurs amateurs et professionnels se prêtent spontanément le micro. Incroyable de constater à quel point tous les brésiliens connaissent toutes les chansons.
La samba reste quand-même pour moi un grand mystère : autant de rythmes que de manières de la danser, et bien que proches, des pas différents entre Manaus, Rio ou le NordEste...
Ce que je retiens de la musique? un sujet éternel : l'amour, une facilité déroutante à parler de
sexe et une rapidité inattendue dans l'apprentissage de la linguistique sentimentale.
Il n'y a pas que la Samba dans la vie : DJ Zod au café Espirito Santa dans le quartier de Santa Teresa à Rio.
Passé la frontière argentine, la Samba disparaît aussitôt, la couleur s'efface au profit du noir des costumes et des grandes
robes fendues, le bandonéon se met à pleurer et le tango se réveille dans un déchirement racé. Quelle classe! A Puerto-Iguaçu, José aura bien tenté cent fois de me faire lever pour m'enseigner
quelques pas de base, mais mon honneur, ravigoré par la fierté argentine, m'a poussée à ne pas me rendre ridicule en
plein jour face à un public averti. J'imaginais assez mal poser ma tête sans chignon sur son épaule et remonter doucement mon pied droit le long de ma jambe gauche en tongs et short sans passer
pour une touriste dont j'avais déjà tous les attributs même assise. Mais cette danse mélancolique et noble m'a glacé le sang et peut-être que si je trouvais un cours en
Europe...
Le cadeau de Patricia pour ma despedida ? une paire de talons aiguilles...
Un exemple en image : une belle
assiette catégorie diététique largement compensée par celle des desserts dont chaque mini portion comporte au moins 10 fois les calories du plat...
Sinon, pour accompagner mon pirarucu-farofa,
ce qu'il me manque le plus ici ?
En
haut :
Avec un minimum de 28 degre a 6h le matin a l'interieur - donc a l'ombre, une
bonne partie du temps des journees mais aussi des nuits est consacre a boire. Comme l'eau potable ne se trouve quasiment qu'en bouteille et que le pays regorge d'une diversite incroyable de
fruits dont les noms n'existent souvent meme pas en français, les bresiliens s'abreuvent de jus frais (« sugo », je sais Renaud que Marie-Pierre a deja exploite le filon!). On ne
parcourt jamais 20 metres sans croiser un vendeur de fruits sur le trottoir, une baraque a noix de coco (simplement percees au sommet, a boire avec une paille) ou un bar a jus (genre « bar a
vin » version tropicale) qui propose plusieurs dizaines de sortes de jus de fruit. Avec un demi litre de liquide dans l'estomac, ça suffit parfois pour le dejeuner, surtout s'il s'agit
d'avocat (volume equivalent au minimum a 3 fois les notres).
Au choix, papaye, goyave, pasteque, citron, orange,
mandarine, coco, banane (les varietes sont aussi nombreuses que nos varietes de pommes), avocat, mangue, ananas, cacao (rien a voir avec le goût du chocolat), fruit de la passion pour ceux dont
on se fait une petite idee ; mais aussi guarana, açai, cupuaçu, cajou, acerola, bacaba, abacatada, araça-boi, abacaxi, vinho de buriti, vinho de pataua, etc. sans parler du jenipapo qui doit etre
pourri avant d'etre presse... (je n'y arrive pas encore, la reaction d'un bresilien face a un camembert sans doute).
Les repas aussi sont accompagnes de jus, et de biere plutot legere (apres la Belgique forcement...), ça reste desalterant. Et puis
pour les repas du samedi midi et les soirs de fete, la fameuse caipirinha avec 3 tonnes de sucre, du citron vert (pour François : Citrus aurantiifolia, celui en haut a droite sur la 1ere
aquarelle), beaucoup de glaçon et un bon pilon, sauf qu'il paraîtrait qu'il s'agit plus d'une boisson pour les etrangers que nationale... deception ?