C'est
par la promenade longeant l'Amazone et sous un soleil de plomb que nous découvrons Santarem. Mais une pluie aussi soudaine que torrentielle nous annonce que la saison des pluies a bel et bien
commencé.
adieu Santarem, nous prenons place à bord du 'Clivia', le bateau qui nous mènera à Bélem en 3 jours et 2 nuits, voire un peu plus puisqu'on lève l'ancre à 12h30 pour un départ prévu à 9h puis annoncé à 11h, ah le Brésil...!
Trois repas par jour à prendre à tour de rôle, à 7h, 11h et 17h... les filles d'un côté, les hommes
de l'autre et malgré mes questions, je n'ai obtenu en guise d'explication que des sourires et un vague argument relatif au côté « pratique ». Au menu : riz, pâtes à la tomate et feijao
(haricot noir brésilien) + viande sous différentes formes (celle du midi étant retravaillée pour le soir) accompagnée de sa petite farine de manioc. C'est constant et on n'y voit que des
avantages : d'une part on n'a même pas faim en imaginant le prochain menu, d'autre part ça permet de jeûner le soir de façon à préserver son estomac du balancement nocturne des hamacs.
Lorsque la nuit tombe à 18h, la plupart des habitants sont déjà couchés et les plus vaillants se retrouvent au 1er. Et c'est autour d'une tisane qu'on discute avec Bob et Andrews du Vénézuela, Daniel de l'Equateur, Chloé la française, Sandor le suisse et Aaron des USA en redonnant une certaine vigueur à l'espéranto.
Du fond de mon cocon, je compte : 13 hamacs sur 3 rangs en quinconces entre 2 poteaux dont l'écartement est exactement de 1m50, ce qui donne pour ceux qui boudent les
mathématiques : une paire de pieds dans le dos, une autre au-dessus de la tête, les miens sous le nez du voisin, les fesses de Magali contre les miennes et de l'autre côté le poteau que je heurte
au rythme des vagues. Auditivement parlant, contre mon épaule gauche, le hamac version famille dont le couple de 16 ans avec bébé a eu la bonne idée d'emporter une radio qui a un mal fou à
capter.
Concernant la lampe ultra-violente qui brille toute la nuit au plafond, je finis par me convaincre que
c'est une question de sécurité... L'avantage supplémentaire et non négligeable est l'attraction exercée sur tout un tas d'insectes qu'on n'a même pas besoin d'aller observer en forêt. On en
retrouve dans les lavabos le matin quand on se lave les dents devant tout le monde (sauf les cafards qui ont triché, car ils ont dû embarquer clandestinement à Santarem). Est-ce pour cela que les
brésiliens dorment complètement enroulés et enfermés dans leur drap, tête comprise?
Alors que mes voisines, qui ont passé 2h à se brosser et se maquiller, sont déjà apprêtées comme si elles avaient toutes rendez-vous avec le capitaine Merrill à 7h du matin, je me décide à affronter la cabine douche-toilettes, du sport de haut niveau lorsqu'il s'agit de s'habiller les pieds dans l'eau sous une fuite et quasi dans le noir.
Mes conseillers croisière m'avaient dit qu'il était impossible de respirer en cabine et je veux bien le croire, surtout qu'elles ressemblent à des cercueils, mais ils avaient oublié de préciser que le billet donne droit à un vrai petit-déjeuner, du pain, des légumes, des desserts et une salle-de-bain qui porte mieux son nom. Si je regrette ? non mais pas-du-tout, il fallait le vivre pour le croire, j'ai dit que j'étais roots non?!
Dès qu'ils entendent le bateau approcher, des enfants en pirogue rament à toute vitesse vers nous pour recevoir de la nourriture - que des passagers
leur envoient dans des sacs en plastique- ou monter dans le bateau nous vendre des noix, des fruits ou des racines de yucca. Exercice périlleux que de réussir à s'accrocher d'une main, la rame
dans l'autre, ceux qui réussissent en profitent pour se faire promener à grande vitesse!
Les berges de l'Amazone sont ponctuées de cabanes sur pilotis dont les habitants arrêtent toute activité pour voir passer ce petit
événement.
Sur la rive Nord, une usine
d'exploitation du bois
à laquelle s'accrochent en file
les cabanes des ouvriers
qu'un salaire a attirés...
Le sol de Belém balancera encore un moment après notre arrivée. Belém la contrastée... Sur un
parcours, il existe toujours des lieux dont on ne garde assurément pas un bon souvenir, simplement parce qu'une succession d'évènements malheureux oriente votre regard dans l'ombre. Le mien aura
été Belém : tentative de vol de mon sac au port, avertissements incessants à propos de rues à ne pas fréquenter, intoxication alimentaire due à une noix du Brésil croquée fraîche au marché qui a
réussi à faire tomber Magali dans les pommes alors que je subissais les assauts d'une armée d'épée dans le ventre depuis 3h, Belém la sale aux trottoirs troués comme par des bombes, est désertée
le soir parce que tout le monde se rend en voiture aux docks, un espace entièrement restauré et très agréable, mais bien clos et qui ne laisse dans la ville à ciel ouvert que les dormeurs de la
rue ...
Et pourtant, avec le recul, je n'aurai jamais vu une autre ville au Brésil si riche en parcs aménagés avec goût, un fort
restauré offrant vue imprenable sur le fleuve, un musée historique intelligent et bien conçu, un théâtre aussi luxueux que celui de Manaus, une belle collection de peintures contemporaines, un
marché artisanal défiant toute concurrence...
Tout est donc histoire d'impressions...!
Vue depuis le village : on rejoint l'île pour
1RS en barque avec rameur à gros biceps et on choisit la plage avec vagues à droite, ou celle, tranquille et ensoleillée plus tard le soir à gauche ; à l'arrière-plan une étonnante colline qui
paraît presque artificielle dans ce paysage au relief doux.
Constat
amusant : les brésiliens ne nagent pas... ils restent des heures à faire trempette dans 40cm d'eau en papotant. Alors, quand j'ai décidé d'atteindre le milieu du fleuve pour faire la planche et
m'imaginer que j'étais seule au monde, l'un d'eux m'a interpellée à mon retour pour me dire que je nageais bien ! Quant à Magali qui, après avoir fixé ses lunettes de plongée, traversait dans un
élan de crawl la totalité du fleuve, il a dû la prendre pour une professionnelle de haut niveau...
Pour profiter de l'eau tout en dégustant son plat de poisson ou sa bière, les tables sont installées... dans l'eau,
logique !