La chance nous sourit dès notre arrivée : il reste exactement 2 places dans l'auberge de jeunesse « Laranjeiras », notre 1er choix
« lonely planet » (encore merci Pedro!) et nous venons tout juste d'apprendre qu'à Salvador l'ouverture du carnaval a traditionnellement lieu le jeudi, soit le sur-lendemain... Cela
pourrait paraître anodin, mais Salvador est LA ville du carnaval et les gens réservent plutôt plusieurs mois à l'avance. Bref, non seulement nous avons un toit, mais en plus nous allons assister
à une partie du carnaval de Salvador avant de découvrir celui de Rio, les 2 plus beaux du Brésil !
Salvador est la capitale de l'état de Bahia, le plus vaste de la région du Nordeste. La ville se trouve à l'extrémité d'une péninsule et regarde vers l'Ouest, sur la « Baie de tous les saints » qui forme comme une encoche sur la côte atlantique.
Deux niveaux partagent la cité en une ville haute, ancienne, et une ville basse, plus étendue au niveau du port. Elles sont reliées par des rues escarpées, mais aussi par un ascenseur et un funiculaire rappelant « la ficelle » de Lyon.
Salvador, c'est un autre Brésil. L'accent déjà sonne différemment.
Ensuite, la majorité des habitants sont noirs, descendants des esclaves. Salvador était en effet l'une des 2 plus grandes villes coloniales du pays. De nombreux esclaves s'y sont en outre
réfugiés au moment de l'abolition de l'esclavage en 1888. Beaucoup plus grands et sveltes que les amazoniens, ce sont aussi pour moi les plus beaux brésiliens! Un regard pourtant plus dur et des
sourires moins fréquents, résultat de l'histoire et d'une économie plus faible. Une discussion de terrasse nous a même appris qu'en plus du racisme envers les noirs, il existait un racisme très
fort entre les noirs eux-mêmes qui se distinguent par l'intensité de leur couleur due aux nombreux métissages. Habituées au manichéisme des couleurs de peau européennes, nous, qui pensions que le
Brésil était la terre promise au métissage, tombons de haut. Comme aux Etats-Unis, une loi de quota relative au nombre de noirs dans les universités vient d'être instituée au Brésil...
Mais la discussion, toujours gaie, traita aussi d'amour, un sujet que les brésiliens abordent aussi fréquemment que naturellement, d'autant plus à Salvador qui incarne la culture la plus
passionnée du Brésil.
Le Pelourinho est le quartier historique de Salvador, patrimoine mondial protégé par l'Unesco. Pelourinho signifie poteau (merci Lonely) en référence au pilori auquel étaient attachés les esclaves récalcitrants pour y être châtiés... Ses maisons baroques aux couleurs vives et une multitude d'églises (une pour chaque jour de l'année paraît-il) dominent la baie et révèlent les richesses de la cité coloniale des XVIIème et XVIIIème siècle. Les rues pavées, étroites et très animées sont le décor de concerts perpétuels et les écoles de danse, de musique et de capoeira occupent les édifices anciens.
Quelques heures dans le « Cigarro et Coffe Shop » praça da Sé, où l'on peut déguster dans une ambiance feutrée les fameux cigares de Bahia.
Sur cette place très animée, des dizaines de filles nous hèlent régulièrement sans arrêter d'agiter leurs doigts experts dans les cheveux
courts ou longs de leurs clients, hommes et femmes. Tranças (tresses)? Le travail est magnifique et le résultat souvent probant, j'hésite.
Puis j'oublie en croisant certains touristes pâlots au cheveu fin à qui ce type de coiffure va bien sûr comme un gant et qui ont certainement dû en découdre à la veille de
réembaucher...
Dans chaque rue, des petits moulins tournoyant au-dessus de nos têtes présentent différentes figures de capoeira. Cet art martial est partout très présent puisqu'il a été créé par les esclaves. Des groupes s'entraînent sur les places et demandent une pièce à ceux qui les prennent en photo.
La campagne a eu la bonne idée de reprendre le fita, le traditionnel ruban bahianais que des enfants vendent à tous les coins de rue, lié au poignet par 3 noeuds, un pour chaque voeu, qui se réaliseront quand le fita tombera. Ces rubans sont un souvenir de l'église Notre Seigneur de Bonfim (Jésus), le principal lieu de pèlerinage et de culte des adeptes du candomblé. La culture bahianaise est en effet imprégnée de ce rite afro-brésilien, qui associe Jésus à Oxalá, leur principale divinité.
Là-haut, dans le Pelourinho, le carnaval est différent. Pendant toute la journée et surtout le soir, les différents blocos (groupes organisés par quartier ou par thème) défilent déguisés, les tambours en tête dont la force du geste remplit l'air d'un boucan rythmé incroyable, qui dansent en jouant et lancent régulièrement leurs bâtons en l'air comme de vraies majorettes, les spectateurs ensuite dont les vêtements sont aux couleurs du groupe, les ramasseurs de canettes en cortège final, car ici le métal se revend (4RS les 70 canettes) et les jours du carnaval sont en or...!